Comprendre ce qui fait une « forêt ancienne » autour de Sarrans

Dans le Massif Central, la notion de forêt ancienne est liée à la continuité : ce sont des boisements jamais retournés en prairies, ni remembrés, ni replantés de façon industrielle, parfois inchangés depuis plusieurs siècles. Ces forêts ont souvent évolué lentement, au rythme des coupes, des transhumances ou des tempêtes, gardant une part d’écosystèmes relativement « sauvages ».

  • Essences témoins : Hêtre, chêne sessile, châtaignier, bouleau verruqueux.
  • Indices anciens : Gros arbres morts, souches moussues, couverts irréguliers, présence de bois mort (écorces, troncs couchés favorisant la faune du bois).
  • Signes humains : Vieilles charbonnières, traces de coupe à la scie ou à la hache (avant la mécanisation), terriers de blaireaux, vieux murets de pierres cachés sous les feuilles.

Ces éléments offrent aujourd’hui un refuge majeur à certaines espèces : lichens, pics noirs, martres, chauves-souris forestières… Les associations de protection de la forêt ancienne (par exemple Forêt pour Tous) rappellent l’importance de préserver ces zones, souvent oubliées dans les inventaires classiques.

Les massifs boisés emblématiques à découvrir autour du lac de Sarrans

La hêtraie-sapinière du Bois de Thérondels

  • Localisation : Nord du lac, entre Thérondels et Laussac (Cantal)
  • Superficie : Plus de 400 hectares de boisements continus
  • Spécificité : Pentes ombragées, station de hêtraie préservée depuis le Moyen Âge

On accède au Bois de Thérondels par la petite route du Monvialle. Le cœur du massif, jamais mis en culture à grande échelle, est aujourd’hui classé en Espace Naturel Sensible (ENS), abritant de beaux bouquets de sapins pectinés, de hêtres tordus, d’érables et parfois même de vieux houx, rares ailleurs. À la lisière, d’anciens sentiers de charbonniers se devinent encore sous les ronces.

L’un des atouts majeurs de la hêtraie : ses successions de clairières, idéales pour observer la lumière filtrer entre les feuilles, pour pister le Pic noir ou s’arrêter près des sources couvertes de mousse. En saison, un discret tapis d’anémones sylvie tapisse le pied des troncs âgés (source : Wikipedia).

La châtaigneraie du Soulié et des Combes

  • Localisation : Rives sud du lac, près de Sainte-Marie et Le Soulié
  • Superficie estimée : Environ 60 hectares
  • Spécificité : Châtaigneraies pluri-centenaires, certaines greffées à la main il y a plus de 100 ans

Ces boisements, restes de l’exploitation intensive du châtaignier (autrefois appelé « arbre à pain »), racontent une histoire humaine profonde. On y trouve de surprenants arbres têtards, taillés en tête de saule, sur lesquels sont gravés parfois des initiales du siècle passé. L’ambiance y est unique, surtout à l’automne lorsque la bogue crève. Certaines sections présentent de vieux troncs creux, véritables refuges à chauves-souris et aux salamandres tachetées.

Aujourd’hui, quelques panneaux pédagogiques posés par les communes témoignent de la volonté de préserver ce patrimoine vivant, souvent délaissé au profit du chêne ou de la pinède.

Les zones alluviales et ripisylves de la Truyère

  • Localisation : Au débouché de la Truyère, près du pont de Tréboul et de Brommat
  • Superficie : Variables selon la fluctuation du lac
  • Spécificité : Boisements rivulaires de saules, d’aulnes et de frênes

Ici, la notion de forêt ancienne est différente : ce sont des lisières humides, des galeries d’arbres mêlés, modelées par les crues et les marnages du barrage. Des zones souvent difficiles d’accès mais capitales pour la biodiversité. On y croise le cincle plongeur, et parfois, au crépuscule, un couple de loutres. Les vieux arbres morts et les racines échevelées créent un labyrinthe naturel qui protège insectes rares et amphibiens.

Les ripisylves font l’objet d’un suivi écologique régulier par l’ONF et l’Agence de l’eau (source : Agence de l’Eau Loire Bretagne).

Les bouquets de vieux chênes sur les pentes du Gazon du Batut

  • Localisation : Espinasse, rive aveyronnaise, secteur du Gazon du Batut
  • Superficie : Fragments de 20 à 40 hectares
  • Spécificité : Chênaies claires, chênes sessiles pluriséculaires

C’est ici que la lumière joue à travers des houppiers larges : certains chênes remarquables dépassent les deux mètres de circonférence. Ce secteur, facile d’accès depuis le GR®465 qui relie le viaduc de Tréboul, est apprécié des botanistes pour ses plantes rares (orchidée pyramidale, fragon petit-houx) et des randonneurs pour son atmosphère majestueuse.

Au sol, mousses, lichens et tapis de feuillus protègent la régénération naturelle. Chaque arbre géant témoigne d’une histoire : tempêtes, épidémies, histoires de famille…

Conseils de balades : circuits et accès aux forêts remarquables

Zone boisée Départ conseillé Distance/Ambiance À voir absolument
Hêtraie de Thérondels Parking de Monvialle 7 km en boucle, 250 m D+ Source moussue, hêtres tortueux, vue sur le lac
Châtaigneraie du Soulié Le Soulié (parking de la brocante) 4 km A/R, très facile Châtaigniers têtards, ruines de charbonnières
Ripisylve de la Truyère Pont de Tréboul 2 km à explorer, sentier sauvage Loutre, vieux frênes, roselières saisonnières
Chênaie du Gazon du Batut Espinasse : ancien moulin 6 km en boucle, 200 m D+ Chênes géants, orchidées, panorama sur les gorges

À noter : pour ces itinéraires, il est recommandé de partir tôt, surtout en été. Certains secteurs, comme les ripisylves, demandent de bonnes chaussures et parfois un bâton pour traverser les passages boueux ou glissants.

Pourquoi ces forêts sont-elles exceptionnelles à l’échelle régionale ?

La région de Sarrans, moins touchée par la monoculture de résineux ou le remembrement que d’autres régions du Massif central, a conservé un tissu forestier historique rare en France. Moins de 10 % des forêts françaises sont considérées comme « anciennes » selon l’Inventaire Forestier National (IFN, 2021). Autour de Sarrans, la proportion est bien supérieure à la moyenne régionale, grâce à l’isolement et au relief accidenté.

  • Biodiversité : Ces forêts renferment jusqu’à 400 espèces de plantes supérieures, de nombreuses espèces de champignons et une trentaine de lichens protégés.
  • Refuges à faune : On y recense des populations stables de chevreuil, de martre, de chouette hulotte, mais aussi des insectes saproxyliques rares (rosalie alpine, lucane cerf-volant).
  • Valeur patrimoniale : Outre l’aspect naturel, ces bois conservent un patrimoine invisible : traces d’anciens chemins de muletiers, de bornes cadastrales en pierre, de ruines de fermes ensevelies par la végétation.

Les campagnes de recensement menées par le l’ONF, l’Office National des Forêts, mettent d’ailleurs en avant la richesse de ce territoire très préservé.

Protéger, comprendre, transmettre : les enjeux de demain

Même si ces forêts semblent paisibles, elles sont fragiles. Elles restent menacées par l’enrésinement, la coupe abusive, l’abandon des prairies qui favorise parfois la perte de diversité, ou encore l’arrivée d'espèces invasives. Plusieurs associations axent leur travail ici sur la transmission : sorties guidées, inventaires participatifs, sensibilisation des propriétaires.

  • Plusieurs circuits « arbres remarquables » existent, jalonnés autour de Thérondels, Brommat, Espinasse (se renseigner auprès des offices de tourisme de Mur-de-Barrez ou de Chaudes-Aigues).
  • La Fête de la Forêt, chaque année en septembre, permet de rencontrer des naturalistes, botanistes et artisans du bois local qui partagent leur passion.

Finalement, ces forêts anciennes ne sont pas qu’un décor. Elles ouvrent un dialogue silencieux entre l’histoire, le vivant, et l’humain. Les arpenter, c’est renouer non seulement avec la nature, mais aussi avec une mémoire et une beauté fragiles. À chaque pas, la découverte continue : une feuille insolite, une ambiance de lumière, un nid oublié… Chacun trouvera ici, peut-être, le charme simple et secret des sous-bois du Sarrans.

En savoir plus à ce sujet :