La construction du barrage : un chantier hors norme dans les années 1930
Les grandes étapes du chantier
La première pierre du barrage est posée en 1929. Les travaux commencent véritablement en 1930, portés par la société de la Chute de la Truyère et la Société Energie électrique du Massif Central (EEMC). Quelques chiffres donnent la mesure de ce chantier titanesque :
- Longueur du barrage : 225 mètres
- Hauteur : 94 mètres (à l’époque, l’un des plus hauts barrages-voûte d’Europe)
- Volume de béton : plus de 300 000 m coulés à la main, en partie de nuit et par tous les temps
- Nombre d’ouvriers mobilisés : entre 1500 et 2000, venus de toute la France et souvent d’Espagne ou d’Italie
- Durée du chantier : 5 ans – mise en eau en 1934
Le barrage de Sarrans est un barrage-voûte en béton, un type d’ouvrage qui nécessite une précision millimétrée dans le calcul des pressions exercées par l’eau. La courbure du barrage, tournée vers le lac, lui permet de mieux résister à la poussée, exploitant à la fois la solidité du matériau et l’appui latéral des versants.
Les conditions de travail sont, il faut le rappeler, extrêmes. L’hiver 1931 voit la neige retarder les travaux. Les glissements de terrain, la boue, la logistique complexe dans ce vallon encaissé font partie du quotidien. Mais peu à peu, le béton scelle la vallée.
Les défis techniques et humains
Parmi les défis relevés, plusieurs innovations retiennent l’attention des ingénieurs de l’époque :
- L’adaptation aux sols granitiques du Carladez, nécessitant de puissants ancrages
- La création de tunnels d’accès pour les matériaux, défi logistique dans une région reculée
- La mise en place d’un système de refroidissement du béton pendant la prise, pour limiter les fissures
- L’évacuation du village de Sarrans, englouti sous les eaux : une opération lourde sur le plan humain, qui marquera la mémoire locale
Le chantier de Sarrans fut aussi le théâtre de progrès sociaux : l’apparition de cantonnements pour loger les ouvriers, l’amélioration – certes encore sommaire pour l’époque – de la sécurité sur site, la cantine collective…